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Lacrimosa

Forum futuriste de vampires, humains, goules, metamorphes et humains à dons axé autour d'une guerre inter-race et d'un fléau qu'est le Lacrimosa au sein de la ville de Pandémonium.
 


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  Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille. [PV Eros]

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Quon Peacock

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MessageSujet: Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille. [PV Eros]
Sam 21 Mar - 19:11

Je me sens comme un étron dans un écrin en velours.

Il doit être environ quinze heures, si j'en juge par l'état modéré du groom qui m'accueille avec un regard condescendant. Le silence de l'endroit est assourdissant. J'entends à peine les murmures des alcôves les plus proches. C'est cette putain de moquette qui étouffe tout. Pas une mouche, pas un insecte ne s'est frayé un chemin dans le Velvet Club. Au-dessus de ma tête, je sens l'odeur, légère et métallique, du sang qui s'écoule doucement.

Ma pupille se dilate, dardant un regard de moins en moins patient sur l'abruti qui veut faire barrière avec son costume à épingles. Je me redresse doucement, arrachant la peau de ma nuque en frottant nerveusement mes ongles. Je suis épuisé, cela fait déjà trois jours que je n'ai pas mangé. On m'a dit qu'ici, je pourrai trouver de quoi me nourrir à satiété, mais on m'en interdit l'accès.

"Nos tarifs sont très exigeants, monsieur, je doute qu'ils soient accessibles à quelqu'un de votre... genre."

Ouais. Je sais. Je suis un gros dégueulasse. Je suis tout courbé, mon pantalon me colle au cul depuis deux mois, et j'ai pas pris une douche depuis treize jours. Mais j'ai aussi une dalle monstrueuse, qui commence à me faire dresser les poils de la nuque. Il y a trop de bonnes odeurs dans le coin pour que je perde mon temps avec ses conneries protocolaire. Je tends la main en avant, lui agrippe le col, pour l'approcher de mon visage.

"Ecoute, sac à merde. J'ai suffisamment d'argent pour t'enculer avec et te faire chier des billets pour trois mois. Tu vas gentiment me trouver de quoi être propre, et un mignon pour me laver et m'nourrir, tu piges ?"

Je le vois se tendre, glisser sa main sous le comptoir, sans doute vers un dispositif destiné à virer les clients un peu trop opressant. Je claque de la langue, agacé, pose ma main contre son oreille pour le redresser. Il grimace, mais je vois ses épaules se relâcher. Il se laisse séduire par la pespective de laisser tomber l'affaire. Je vois son esprit s'appaiser, son air guindé de pète-sec disparaître doucement. Je lui fourre une poignée de billets froissés sur le comptoir, et il me fait "patienter" sur un canapé qui aurait besoin d'être brûlé.

J'enlève mes chaussures trouées, pour poser mes pieds noirs sur le coussin qui couine quand je me déplace. J'écoute le bruit, une fois, deux fois, et puis je me mets à m'agiter comme un demeuré, pour faire de la petite musique. Couic couic couic couic. Ah, ça doit bien les faire chier, les autres qui sont à côté et qui entendent bien mieux que moi. Je m'étire, me vautre, les jambes sur le dossier, la tête renversée en arrière, les yeux clos. Qu'on en finisse bordel de merde. Je veux sentir la rose, me faire gratouiller par un mignon, boire un coup et repartir d'où je viens.

C'est l'odeur, qui me fait sortir de ma torpeur. L'odeur d'une peau que je connais très bien. Elle est légèrement acidulée, un peu usée, comme le cuir d'un vêtement qui aurait chauffé à la lumière. A 180°, je tombe nez à nez avec une braguette, qui me montre bientôt son cul. La personne a fait volte-face. Un type, si j'en crois la toute petite cambrure du bas du dos. Et même ... un type que je connais.

Je me redresse comme une tige en métal coincée entre deux poids, darde mon regard sur une silhouette qui me serre l'estomac. Je sens ma gorge devenir douloureuse, acide, incroyablement désagréable. Je serre les dents, retenant la baffe monstrueuse qui menace de planter la tête d'Eros contre le mur le plus proche. C'est à ça qu'il passe son temps ? A vendre son cul et son énergie à des morts-vivants ? Je vois le groom revenir avec un hôte. Un petit freluquet dont les tâches de rousseur se voient à peine à cause du manque de vitamine D. Il a l'air d'un lapereau devant le canon du fusil du chasseur. Oh ça va. Je vais pas le bouffer.

"Monsieur, une bassine d'eau chaude et des vêtements propres ont été apprêtés. Si vous voulez me suivre, Jarod va...
- Laisse tomber le decorum, j'en veux pas de ta pute à vampire."

Je sens l'odeur du sang qui afflue dans le visage du "Jarod" en question. Il se tasse, il se cache, il se terre et finit par s'éclipser totalement derrière le groom. Je tends mon pouce dans mon dos, pour pointer Eros sans lui accorder plus d'importance que j'en voudrais.

"Je vais plutôt prendre celle-là."

Une pute. Une saloperie de pute à vampire. Qu'on ne me fasse pas croire qu'une maison qui gratte ses vampires à l'éponge ne leur permet pas de consommer un morceau au passage. Je crois que je suis en colère. Je n'arrive même pas à le savoir, je suis mort à l'intérieur. Je ne sens ni mon coeur battre, ni mon sang accélérer. Juste cette énorme boule au ventre, qui remonte le long de ma gorge, me fait trembler les mains, et me pousse dans les étages. Je suis mal.

Je suis très mal. Ignoble, répugnant, affamé, et même une fois au fond du trou, je tombe encore sur lui. Il est en vie, c'est bien là le seul réconfort que je peux y trouver. Je lutte, entre l'envie de lui péter la mâchoire pour ce qu'il a osé devenir, et celle de l'éventrer pour ce qu'il a osé faire il y a de ça deux ans.

Je lutte contre la tristesse qui respire par tous les pores accessibles de ma peau, et le détachement nécessaire à ma vie de non-mort. J'escalade les marches quatre à quatre, pour me jeter sur le canapé de la "salle avec une bassine". Inutile de me guider, je sens l'odeur du cuivre depuis la réception. Ici, pas d'électricité. Juste quelques bougies, et le métal encore trop chaud d'avoir été posé sur le feu d'une cheminée. Qu'on en finisse, merde.

Pour eux, c'est une heure. Une journée. Un pas de plus vers la fin de leur vie.

Pour moi, ce n'est plus qu'un moment à passer, semblable à tant d'autres. Une douleur superflue, dont je me serais passé plus que volontiers.

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Aden Vacaresco

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MessageSujet: Re: Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille. [PV Eros]
Lun 23 Mar - 0:53

Deux ans. Deux putains d’années, passées loin de lui, à l’attendre. A attendre qu’il finisse sa crise d’adolescent vampirique, qu’il se décide à revenir vers moi. A attendre en vain, ouais. Attendre comme une conne blonde coincée dans son donjon, à attendre son putain de prince charmant, qui viendra jamais. Par contre, la sorcière, ça, elle me visite tous les jours. Elle a des dents aiguisées comme des lames de rasoirs, et toujours un visage différent… mais ça reste une sorcière. Qui me vide de mon sang, de mon énergie, de ma vie. Et moi, je la laisse faire, contre quelques billets.

Aujourd’hui, ça change pas de d’habitude. Je suis épuisé, j’ai un client à sustenter. J’ai peur de frôler le malaise, pendant sa séance. Surtout que ça doit durer à sa convenance. Tant que je me sens pas en danger, du moins.

Alors seringue à la main, vient serrée entre mes doigts, j’entre dans l’alcôve, et vient m’assoir sur la banquette. Elle me fixe de ses grands yeux bleus glace. Une femme, pour une fois… étonnant. J’attire beaucoup plus d’hommes. Mais jamais… jamais, j’en ai laissé un seul me toucher, en l’espace de deux ans. Je n’ai connu personne. Personne d’autre que lui. Et ça me met toujours un coup au moral. Elle me tend un verre, de l’alcool, pour me détendre. Elle sent que quelque chose me tracasse, et cela m’embête. Tout simplement parce que ça risque de donner un goût étrange à mon sang. Et qu’elle est là pour se régaler. J’accepte le verre, et le vide d’un coup, d’une traite, avant de l’observer… et lui sourire, à nouveau.

« Excusez-moi, j’ai eu un instant d’égarement. »

Je susurre, tandis que je retire ma veste, et que je vais pour défaire le premier bouton de ma chemise. Mais je sens ses doigts gelés sur ma peau, pour m’en empêcher. Elle me fait éloigner mes mains, se glissent sur mes joues, et les pose sur ses hanches. Puis ses doigts viennent, lentement, sensuellement, défaire le premier bouton de ma chemise, tandis que ses lèvres viennent se glisser dans mon cou. Elle sait –ils savent tous- que les lèvres ne sont pas accessibles. Réservées, oui…

Elle dénude ma peau, lentement, avec une sensualité  contrôlée. Lentement, le tissu glisse dans mon dos, caresse ma peau. Et ses lèvres suivent le mouvement. Elle me lèche, me hume, me goûte… se demande si je vais être à son goût. Et moi, je la laisse faire, les mains posées sur ses hanches… Je penche la tête en arrière, la chemise tombe entièrement. Ses doigts viennent effleurer les endroits dans mon cou où la peau est plus fine, et j’en frissonne. Je m’attends à ce qu’elle vienne planter ses dents dans mon cou, mais rien ne vient pour l’instant. Elle prend ma main, me fait lui caresser sa joue, avant de venir humer mon poignet et… voilà la morsure que j’attendais. Le poignet. Ça fait mal. Mais j’dois me détendre. Alors je regarde le plafond, la laisse boire tranquillement. Elle finit en peu de temps, avant de me relâcher, m’offrir un coup de langue salvateur, me sourire, me remercier. Elle s’essuie la bouche, avant de sortit quelques billet et me les poser sur les cuisses. Puis elle s’en va. Et moi, je n’ai plus qu’à me lever, récupérer l’argent, et aller soigner mon poignet. Enfin, au moins me laver, parce que là…

Bref, je renfile ma chemise, pour pas sortir à moitié à poil, non plus, et je vais dans la partie réservée aux employés, pour me nettoyer un peu, me panser le poignet, et enfiler une chemise propre. Et c’est là que tout change. Quand je sors du salon, que je vais me renseigner pour savoir si j’ai un autre client ou non. Et on m’annonce que je peux rentrer. J’suis épuisé, je fais pas gaffe à ce qu’il se passe autour de moi. Mais… j’ai sentit ce regard, se poser sur moi… et voilà qu’on vient me chercher.

« Eros… je suis désolé, mais un client vient de te demander… Il est monté, faut que tu ailles le rejoindre. »

Putain… voilà, j’ai les boules. On vient de me réclamer. Fait chier, sa mère… Je grommelle, avant de rattacher mes cheveux, et monter à l’étage, pour aller trouver mon client. Le baigner, le laver, et le nourrir. Est-ce que j’ai assez de sang pour tenir ? J’espère. Au pire, j’ai toujours la seringue.

J’ouvre la porte. Il est de dos. Mais je le reconnaîtrais entre mille. Ces cheveux. Cette silhouette. Je déglutis violemment. Je suis tiraillé entre l’envie de prendre mes jambes à mon cou, celle de venir l’embrasser, sauter sur lui, combler ces deux ans passés à l’attendre. Et celle de le cogner. Le cogner jusqu’à ce qu’il rampe au sol. Qu’il me supplie de le pardonner.

« Toi… »

Je lâche, juste, la gorge serrée, les larmes aux yeux. Au moins, il est toujours en vie. Il est toujours là. Mon Orphée. Mon frère. Mon amour…

Je tente d’être professionnel, je me ressaisis, m’approche lentement. Je vais encore me cramer les mains… je soupire, retire ma veste, remonte mes manches.

« Déshabillez-vous, je finis de préparer le bain. Et si vous le désirez, je vous laverais le dos… »

J’ai du mal à faire semblant. Il doit sentir ma détresse à des kilomètres à la ronde. Je tremble, je pleurs. Je l’aime putain. Et enfin, je l’ai retrouvé… Orphée… me laisse pas continuer de faire semblant… Montre moi que tu es toujours le même. Cogne moi, serre moi, fais quelque chose… Calcule moi…
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Quon Peacock

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MessageSujet: Re: Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille. [PV Eros]
Lun 23 Mar - 7:37

L'odeur du sel m'envahit les narines comme devant un flacon de sérum physiologique, et sans avoir besoin de me retourner, je comprends que Eros s'est laissé surprendre par ces propres émotions. Entre deux extrêmes mon coeur balance. Je suis incapable de verser la moindre larme, mon corps en est dépourvu. L'aride sensation de brûlure qui envahit ma gorge et mon oesophage sont un témoignage suffisamment clair à mon goût pour me faire immédiatement culpabiliser. Je l'ai fait monter parce que j'étais énervé de voir ce qu'il avait fait de la formidable fortune des Sinister, et maintenant qu'il est devant moi, je me rends compte que ce que j'ai moi-même fait est en train de le détruire de l'intérieur.

Je déroule ma carcasse filiforme, fixant la moquette défraîchie dans les coins avec une timiditié maladive que j'avais appris à oublié. Je suis si peu habitué à entretenir des relations sociales que je ne sais pas par quel bout commencer avec Eros. Je pourrais choisir la solution de facilité, m'enfuir, et ne plus jamais mettre les pieds dans cet endroit. Je pourrais aussi me montrer le plus désagréable possible, et lui donner une raison sensée de ne plus jamais vouloir m'approcher. Mais, au milieu de ces pensées confusesn et contradictoires, je sens que quelque chose peut le blesser. N'importe quel geste, trop brutal, trop sincère, et il tombera en mille morceaux. Je pince les lèvres, tend le bras, pour l'arrêter.

J'observe, fasciné, le contraste de mes ongles recouverts de saletés et de sa peau un peu trop claire à mon goût. Mon ventre se tord, le désir de le supprimer revenant à mesure qu'une seule pensée envahit mon esprit. En tant que progéniture de Blanche, mon instinct me hurle de la venger de sa mort. J'enterre ces ondes négatives sous un geste plus appuyé. Je le tire jusqu'à moi, pour le faire mollement tomber sur la banquette, avoir une parcelle de lui à tenir. Je le serre, enfouissant mon visage gras et abîmé contre sa chemise bien trop propre. La naissance de mes cheveux, recouverte d'un film de poussière, laisse une trace en forme de haricot là, juste au dessus de son coeur. Je l'ai retrouvé. Et il est en vie. Je le laisse partir, me lève, pour enlever mon sweat-shirt douteux.

Je tourne le dos à la cheminé, fuyant la lumière par soucis de ce qu'elle révèle sur ma peau. Je suis courbé, fourbu, et la position fait ressortir par contraste les vertèbres du bas de mon dos, décallées par les mauvais traitements que je leur inflige. Je dévoile en silence les marque de mes deux ans de solitude et d'isolement. Les traces de mes ongles le long de ma nuque et jusque dans le haut de mon dos. Les traces du passage à tabac de Blanche n'ont pas disparu, laissant des cicatrices hideuses de la forme de ses pieds et de ses poings à des endroits impossibles à dissimuler. J'ai faim. J'ai soif. Mais plus que tout, je sens le froid m'envahir. Un froid glacial, pénétrant, qui me pousse à me déplacer à grande vitesse près d'Eros, pour réclamer de la chaleur. Je reste collé à lui bien plus que la décence me le dicterait, finissant accroupi, le nez collé contre ses cuisses, puis ses genoux.

Je me tiens à lui comme un koala se tient désespérément à sa branche d'Eucalyptus. Il me crève le coeur. Il me déçoit énormément.

"C'est à ça que te sert la fortune d'Adonis..."

Son père. Mon père. Notre père a flairé le plan incroyablement lucratif lorsqu'il était jeune, en épousant la fille d'un scientifique spécialiste des énergies. Hestia, la mère d'Eros. Il possède aujourd'hui quatre centrales, ce qui en fait l'homme le plus riche de la famille depuis des siècles. Moi, je n'en ai pas un centime. Mais Eros... Eros aurait pu hériter de tout. Devenir immensément riche, épouser une autre affaire juteuse, et faire perdurer la lignée des Sinisters. Au lieu de ça, je le retrouve pâle comme le cul d'une bonne soeur, exsangue, et dangereusement faible. Je me redresse, fuyant son regard, et quitte le survêtement qui me recouvre les fesses depuis bien trop longtemps. J'ai mal au coeur. Je le sens qui se serre, qui se pince, alors même que je pensais ces sensations évanouies depuis bien longtemps. Je suis penaud, perdu, la tête basse. C'est une toute petite voix qui sort de mes lèvres, et qui meurt dans le creux de l'oreille d'Eros.

"Lave-moi s'il te plaît... je suis répugnant."

Je n'ajoute pas un mot. J'ai trop hâte de l'entendre réagir. De le sentir s'énerver, m'envoyer son eau brûlante à la figure. Qu'il me brise en mille morceaux, qu'il me frappe jusqu'à ce que ses forces déclinent. Parmi la longue liste de mes crimes, l'abandon est le plus ignoble. J'ai fui pour le préserver. Jusqu'à ce que cette soif de vengeance et ce désir de l'éliminer se taise sous la soif. Je l'ai fui jusqu'à ce que ma propre tête me dise "tu peux aussi avoir honte, et ne le dire à personne". Une pute à vampire. Eros est suffisamment intelligent et bien placé pour hériter déjà d'une partie de l'entreprise d'Adonis. Il devrait être en train de tracer des courbes de plan industriel, pas de frotter le dos et ouvrir la gorge à une race de prédateurs. Je ne vois qu'une raison valable à sa présence ici : Adonis a dû le flanquer dehors manu militari.

Et si c'est le cas, cela ne peut être que de ma faute. Grand-frère irresponsable. Au moment où tous lui ont tourné le dos, j'ai été le premier à fuir. Au lieu d'assumer à ses côtés, j'ai été occupé à faire taire mes propres désirs.

"Et me vouvoie pas. Je suis pas un putain d'étranger."

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Aden Vacaresco

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MessageSujet: Re: Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille. [PV Eros]
Ven 27 Mar - 14:21

Inspirer. Expirer. Retrouver son calme. Après la surprise, et la douleur de le retrouver de manière aussi brutale, sans m’être préparé mentalement, voilà que la colère prend la main et m’envahie. Je sens ce serpent qui dort entrelacé entre mes côtes, enroulé autour de ma colonne vertébrale, se réveiller, se mettre à onduler, pour venir mordre en plein cœur.

C’est douloureux, d’être à ce point en colère contre son frère. Mais il l’a mérité. Deux ans sans nouvelle, une fuite brutale… il m’a abandonné. C’est lui le fautif. Pas moi. Je sens mes mains trembler, un peu. Je soupire. Respirer. Je dois respirer, au lien d’étouffer en apnée.

Je reprends le contrôle, un peu. Lentement.

"C'est à ça que te sert la fortune d'Adonis..."

Je serre les dents. S’il savait. S’il savait qu’Adonis a été mis au courant, pour nous deux, et que, si déjà je n’étais pas dans ses bonnes grasses depuis l’arrivée de Blanche, lorsqu’il l’a su, après la disparition d’Orphée, après mes multiples tentatives de suicide, où je me suis ouvert les veines, mutilé les cuisses, où je suis tombé au fin fond du gouffre, frollant de peu la folie, et y échappant uniquement grâce à Zéphyr, je n’ai, malheureusement pas, pu rester l’héritier. Je donnais un bien trop mauvaise image de la famille, vous savez. Le fils héritier, qui copule avec son batard de demi-frère, c’est déjà avouer qu’Adonis a couillé quelque part, mais en plus avouer qu’il fait pas gaffe à ce que peut bien foutre ses deux rejetons.

"Lave-moi s'il te plaît... je suis répugnant."

Les anneaux de mon serpent nommé colère glissent sous ma peau, et m’irrite. Je sens les poils de mes bras se hérisser, mes poings se serrer à en blanchir la jointure, et mes dents se serrer. J’en aurais presque peu de m’en péter une…

Mais je m’approche de lui, je remonte mes manches, pour attraper l’éponge mise à ma disposition, et venir la tremper dans l’eau chaude. Puis je récupère la bouteille d’huile de bain, la pose à côté de moi. Orphée, nu, dans l’eau… ça m’en rappellerait presque des souvenirs. J’attrape la petite vasque mise à mon service, pour la remplir, et mouiller ainsi Orphée, de la tête aux épaules, qui étaient encore hors de l’eau. Puis je prends l’huile de bain, pour en verser au creux de ma main, et vient lui frotter les épaules. Je réussi à me contrôler, je suis plutôt heureux… mais je tremble, toujours, un peu. C’est pénible. Je prends le shampoing, commence à lui laver la crinière. Crasseuse. Dégueulasse même. Merde quoi ! Est-ce qu’il s’est lavé, au moins, pendant ces deux ans sans moi ?!

"Et me vouvoie pas. Je suis pas un putain d'étranger."

Le serpent se fait plut prenant. Je serre les dents, avant de lui agripper les cheveux, et lui tirer la tête en arrière, pour le faire me regarder.

« Ah bon ? Et t’es quoi alors ? Mon frère ? Après ce que t’as fait ? Tu m’as abandonné. TU as fuit, devant l’adversité ! Et me dis pas qu’on est quitte, parce que moi aussi, j’ai fuit. Moi, je suis revenu. J’ai supporté de te voir tous les jours aux côtés de ta pouffiasse de… »

Je me rends compte brusquement qu’insulter sa créatrice n’est peut être pas la meilleure chose que j’ai pu faire. Pas pire que la tuer, mais tout de même. Je soupire, le relâche. Je risque de prendre cher dans ma gueule. Mais je brûle. Je me consume. Je le hais. Et en même temps, je l’aime tellement. Je l’aime à en crever.

« Ça fait deux ans. Deux ans que je prie tous les jours dans l’espoir de voir radiner ton cul… deux ans que je t’attends comme cette conne de Pénélope attendait son putain d’Ulysse. J’aurais limite pu entamer de tisser une tapisserie, si j’avais pas été occupé, et épuisé. »

Je marmonne, avant de me remettre à le laver. Putain d’automatisme dû au travail. Mais je le fais sans aucune douceur, ni délicatesse.

« La fortune d’Adonis, comme tu le dis si bien, appartient à Adonis Sinister. Et lui aussi, c’est un étranger. J’ai plus de famille. Mon homme m’a abandonné, et mon père m’a déshérité. C’était déjà assez honteux pour lui de pas avoir sû tenir ses envies, alors savoir en plus que ses deux fils ainés couchaient l’un avec l’autre… pire… s’aim… »

Je finis pas ma phrase. Ma gorge se serre. Je l’aime, putain. A en crever. Qu’il m’achève, j’en ai marre de lutter. Je tiens plus. Je fixe mes avants bras scarifiés, sentant une larme rouler sur ma joue.

« Sales  connards… »  

Je finis par murmurer. Adonis. Orphée. Zéphyr, qu’a pas cherché à me contacter depuis. J’ai dû le décevoir, le gamin… la mère, qu’a rien fait pour luter contre les souhaits de son époux infidèle. Famille de merde. Monde de merde. J’aurais mieux fait de réussir à me crever…
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Quon Peacock

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MessageSujet: Re: Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille. [PV Eros]
Ven 27 Mar - 23:28

Je sens les poils de mes bras ses hérisser lorsqu'il agripe mes cheveux à pleine main. J'ai toujours eu le cuir chevelu sensible, il le sait, et la fine douleur qui accompagne le geste ne compense pas le poids d'anticipation qui se plante au creux de mon estomac. Mon corps réagit par automatisme. Nudité, chaleur, main, cheveux. Naïvement, j'espère qu'il ne dira rien, qu'il ne fera rien. Qu'il me tire à lui pour tout autre chose que ce qu'il est en droit de faire. Et ses mots me lacèrent de l'intérieur. Ce que je vois dans son regard, c'est un mélange confus de douleur, de colère, de souffrance cachée là, loin sous sa carcasse abîmée par le manque sommeil et la fatigue. J'ai fui. C'est vrai, j'ai fui.

Et lorsque je l'entends parler de Blanche, et que quelque chose de plus ancré se réveille, je me souviens de la raison de ma fuite. Je me sens comme un livre de traduction rédigée. Un côté attend, tâtonne, goûte, écoute, souffre et lui répond. L'autre se tend, se tord, lutte contre le premier avec la sincère envie de voir sa tête voler hors de sa nuque. Deux ans ont passé, mais le besoin viscéral de mettre à mort mon propre frère ne m'a pas quitté. Il se réveille, s'enroule, me fait siffler de manière incontrôlable. Je recroqueville les orteils, cambre le dos, prêt à bondir.

Il m'a attendu. Vraiment. J'avais fini par croire que nous avions l'un et l'autre fait une croix sur l'idée de nous aimer. J'avais fini par l'imaginer se construire loin de moi, pour se protéger. Mais il m'a attendu. Je me sens mal, me recroqueville pour lui présenter ma peau tendue par les vertbères. Je ramène mes genoux à mon menton, enroule mes long bras autour de mes jambes pour me faire les dents sur la peau de mon genou. La douleur m'empêche de lui sauter à la gorge, et la rage de le voir mort me quitte petit à petit. Si j'avais un coeur toujours fonctionnel, il me martyriserait les côtes. Je suis mort, apathique, et pourtant je sens quelque chose se déchirer. Je déglutis péniblement, par réflexe, l'écoute parler encore et encore.

Sa voix m'a tellement manqué.

Ce timbre à peine plus doux que le mien, et beaucoup plus enviable. Il me tire un sourire involontaire dans ma confusion, et pourtant il m'ouvre la porte face à toutes les souffrances qu'il a traversées. Je sais. Et pourtant, j'aurais aimé ne jamais savoir. J'aurais aimé être ignorant, idiot, suffisamment abruti par ma condition pour l'oublier. La vérité, c'est que je l'aime à m'en faire du mal. J'attends, que la tempête passe.

J'attends de le sentir s'affaiblir, d'entendre sa voix flancher, de renifler l'odeur délicate du sel, qui s'accroche le long de sa joue.

"Sales connards..."

Je sais que sa colère est momentanément éteinte, fatiguée, réduite. Je me redresse dans ma bassine, me met à genoux pour lui faire face. Dans une salle aussi peu éclairée, il est découpé à contre-nuit. Il est magnifique. Resplendissant dans sa douleur. Mon Eros tout abîmé, scarifié. Mon héros qui a perdu ses ailes, ma perfection salie et terriblement humaine. Je me redresse pour tendre les bras, le serrer contre moi. Je suis trempé, dégueulasse, malodorant, mais je le veux contre moi.

Je le serre écrasant ma joue osseuse contre son ventre, pour écouter son corps fonctionner. Son sang qui circule. Son souffle irrégulier. Je n'ai jamais été un grand bavard avec lui mais j'ai tellement de choses à lui dire. J'aimerais lui répondre que c'est pour le protéger que je suis parti. J'aimerais lui raconter les jours encore vifs dans ma mémoire qui ont précédé notre dernière entrevue. J'aimerais pouvoir lui dire tout ça, mais je n'ai que trois mots.

"Je..."

Me cache. Je le serre un peu plus fort. Je le sens, lève les yeux, me sentant comme la partie ingrate d'une âme à deux hémiscicles.

"Je t'aime."

Je suis là, maintenant. Par pour longtemps, par hasard, mais douloureusement là.

"Je ne pourrai jamais effacer ce qu'il s'est passé. Je ne pourrai pas exiger que tu me pardonnes. Je ne pourrai pas non plus tout... te dire avant longtemps mais si j'ai cru un moment pouvoir me passer de ta présence... je sais que c'était un énorme mensonge."

Je le relâche, baisse la tête, à genoux, assis sur mes talons. Mes doigts trouvent seul le chemin de ma nuque pour la lacérer. Je suis un abruti. Un abruti prudent. J'aurais dû essayer de le retrouver avant de le...retrouver.

"Je ne te demande pas de me pardonner Eros. Pas aujourd'hui... s'il te plaît, lave-moi."

Je lui tourne lentement le dos, pour me rassoir dans la baignoire. Je reste sagement, docile, attendant de voir les traces de mes mauvais traitements s'effacer sous ses doigts. Je ne sais pas quoi lui dire. Mais je veux l'entendre encore. Qu'il hurle, pleure, chante ou murmure, c'est lui qui m'a le plus manqué tout ce temps.

"Parle-moi...s'il te plaît."

J'arque le dos, ferme les yeux. Je veux savoir... je veux tout savoir.

"De ce que tu fais. Ce que tu es. Ce que j'ai manqué par négligence et par stupidité... "

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Aden Vacaresco

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MessageSujet: Re: Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille. [PV Eros]
Ven 10 Avr - 19:41

Un contact, qui me tire à lui, pour me serrer dans ses bras. Il est trempé. Et il me mouille par la même occasion. Mais je m’en fous. J’ai la gorge qui se serre, les larmes qui montent aux yeux. Depuis le temps que j’attends qu’il me serre contre lui… je me sens à deux doigts de défaillir. Que quelqu’un me pince, je rêve. C’est pas possible autrement. Le Seigneur doit se foutre de ma gueule. Il doit bien rire, là haut. Oui. Il doit bien se moquer de moi…

"Je t'aime."

Mon cœur se serre. Ah ouais. Tu m’aimes. Pourtant ça à l’air de te demander un effort surhumain pour me le dire. Je grogne. Avant de ravaler un sanglot. Je ne peux même pas rester fier. Il piétine les dernières miettes de fierté que je possédais… Je viens cacher mes yeux dans mes paumes, pour ne pas que l’on puisse me voir pleurer, me cacher. Réflexe stupide, je le sais bien, il doit le sentir, mais que voulez-vous… je suis humain.

"Je ne pourrai jamais effacer ce qu'il s'est passé. Je ne pourrai pas exiger que tu me pardonnes. Je ne pourrai pas non plus tout... te dire avant longtemps mais si j'ai cru un moment pouvoir me passer de ta présence... je sais que c'était un énorme mensonge."

Il me relâche. Et je tombe à genoux. Trop de mots qui me touchent d’un coup. Toutes ses paroles… ça fait deux ans que je les attends… Tant que j’étais en colère ça allait. Je pouvais tenir, ne pas craquer. Mais maintenant que je me suis un peu défoulé, et que je lui ai laissé l’occasion de parler… c’est foutu. Je tente de me ressaisir, de faire ce que je peux pour me relever. Et il finit par me faciliter la tâche. Il ne me demande pas de lui parler. JE serre les poings. J’espère bien qu’il ne me le pardonne pas. Pas après m’avoir abandonné, alors que j’ai lutté pour le récupérer. Que j’ai… tué pour lui. Pour son bienêtre. Pour sa santé. Pour nous…

Lui parler. Lui parler de tout. De moi. De ma vie. D’Adonis, peut-être ? Je soupire. Je me passe une main dans les cheveux, attrape l’élastique à mon poignet et les attaches. Qu’est-ce que je pourrais bien dire qu’il ne puisse lire en moi… ? J’attrape l’éponge, je reviens le laver, lentement, mais sûrement. Il est en piteux état, mon frère adoré… Je lui ramène les cheveux sur une épaule, pour lui dégager la nuque. Elle est abimée. Toujours ce tic, hein… je ne me contrôle plus, mes lèvres viennent se poser sur sa peau, sans que je ne sache ce que je fais. Puis je me recule, comme si de rien n’était. Je toussote, pour m’éclaircir la voix.

« Je… négligence et stupidité, c’est encore trop faible pour exprimer ce que je pense à ce sujet… »

Je susurre, en me concentrant sur ma tâche.

« Cependant… je vais tâcher de tout te raconter… »

J’inspire profondément, tout en lui frottant l’épaule.

« Lorsque tu es parti… je me suis retrouvé au fond du gouffre. Plus bas que terre. Je me tailladais les bras, et les cuisses. J’espérais me libérer moi-même de cette vie inutile, vide de sens, puisque tu n’étais plus à mes côtés. Mais le destin en voulait tout autrement… Le géniteur et la génitrice ont su, pour nous. Et Zéphyr aussi. J’ai été renié. Déshérité. Je ne suis plus l’ainé Sinister. C’est Zéphyr qui récupèrera tout, lorsqu’Adonis clamsera… »

Je renifle un coup, un sourire moqueur aux lèvres. Je souhaite bon courage à mon petit frère chéri pour survivre au paternel. Parce que c’est pas un cadeau, que d’être l’héritier Sinister, à vrai dire. Y a un sacré poids, sur les épaules…

« J’ai dû trouver un boulot pour me payer un appart’ à l’Eden. Tu me connais. J’aurais pas pu vivre dans la Benne… j’reste un gosse de riche, né avec un cuiller en or dans la bouche. Electricité, eau courante, c’est la vie quotidienne pour moi. Sauf que ça coûté une blinde. Et que même avec mes diplômes, je trouve rien qui paye bien, dans l’immédiat. J’ai pas le temps d’acquérir de l’expérience. Un type que j’ai rencontré dans un bar m’a parlé de ce genre de boulot, où on vend son sang pour de l’argent. Ou du Lacrimosa pur, pour certains… J’me suis laissé tenter. J’aime pas ça… mais j’ai pas le choix. Il est hors de question que j’aille supplier Adonis. Et quand bien même je le ferais, il ne me reprendra pas sous son toit. Cet homme est pourri jusqu’à la moelle… on le sait depuis qu’on est gamin… »

Je lâche un soupire, avant de venir poser ma joue sur son épaule. Maintenant que la colère est passée, j’ai envie de rattraper tout ce temps perdu. De le toucher, de me serrer contre lui, l’embrasser, l’aimer… Mon Orphée m’est enfin revenu… mon frère. Mon amour…
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Quon Peacock

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MessageSujet: Re: Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille. [PV Eros]
Ven 1 Mai - 10:42

Enfonce un peu plus le clou dans la plaie Eros, je n'ai pas suffisamment souffert. Je sais qu'avec le recul, j'ai eu tort de m'enfuir. Mais si je te disais que c'était parce que je craignais de faire quelque chose d'irréparable en ta présence, est-ce que tu me croirais ? Il m'en veut, il en souffre, il ne sait plus sur quel pied danser, mais c'est un moindre mal. Je préfère le savoir malheureux et en vie plutôt que mort sous mes coups. La donne a changé. On ne peut plus se battre l'un contre l'autre. Je le tuerais, il se blesserait sans raison. Ce serait d'une stupidité sans borne.

Je grimace un peu sous la douleur. J'ai les épaules et la nuque brûlantes. Sitôt que cela cicatrice, je le rouvre. Si je souffre à l'extérieur, je suis un peu soulagé à l'intérieur. Il me raconte. Il me raconte ce que je redoutais de savoir. Eros est fragile. Bien plus que ce qu'il ne veut laisser voir, et moi, je suis parti pour le laisser livré à lui-même. C'était involontaire, mais c'était suffisamment violent pour le tirer au fond du gouffre où il risquait déjà de finir. Zephyr a donc récupéré le trône de la famille des Sinister.

Ce petit con homophobe et violent à la tête de la fortune familiale. Quitte à choisir, Adonis aurait au moins pu prendre celui de ses fils qui sait compter jusqu'à dix.

Je m'abstiens de commenter, parce que je sais qu'Eros tient à son petit frère. Pour moi il a surtout été une grosse épine dans l'orteil. C'était un gentil gamin, un peu trop dépendant de son frère ainé, et finalement, c'est devenu l'archétype du gros lourd. Je ne serais pas étonné de le voir se gratter les couilles sur un canapé en rotant sa bière pendant qu'on négocie un contrat avec l'héritier. Je plisse les lèvres. Eros n'a jamais vécu dans la Benne. Moi si. Oh quelques mois, quand ma mère m'a laissé à ses amis pour partir... je ne sais où en cure ou en séminaire religieux.

Eros ne l'aurait pas supporté. Et quitte à choisir, je préfère encore qu'il soit faible et bien logé plutôt qu'il fasse le tapin bas de gamme pour retrouver son taudis une fois sa journée terminée. Je remonte ma main pour caresser le haut de son crâne. Mon Eros... mon amour. Il est tellement fragile qu'il me fait de la peine. Et pendant que je réfléchis à ce que je pourrais bien faire pour le sortir de cette merde, je sens cette odeur de grain, légère. Je tourne le visage dans sa direction, hésitant à l'éloigner brutalement ou à le laisser là. Egoïstement, je le laisse là où il est. Dans deux minutes, il sera bon à me manger dans la main. Qu'importe, tant qu'il ne souffre pas.

"Je ne veux pas que tu finisses exsangue, dans une ruelle ou dans un salon capitonné, c'est la même putain d'histoire."

Je me lève doucement, essorre les mèches qui ont trempé dans l'eau, et cherche de quoi me sécher. J'ai l'air d'un grand phasme une fois nu. Je suis désespérément maigre jusqu'à ce que mort s'en suive. Blanche a fait ce qu'elle pouvait pour m'engraisser un peu, mais sans grand succès. Je me glisse contre Eros une fois relativement sec, soulève son menton pour l'observer encore un peu. Je ne sais pas quand je le reverrai la prochaine fois. Je veux avoir une image qui restera gravée longtemps dans ma mémoire.

"Détends-toi. Maintenant que je sais, je vais trouver une solution. Oublie pour un moment Eros, ce soir c'est moi qui suis là."

Je lui glisse la paume de ma main sur les yeux, le tire contre moi pendant de longues secondes. J'écoute le rythme de son coeur se calmer, ses sanglots disparaître doucement. C'est déloyal, de le droguer pour le faire taire, mais sa souffrance fait salement écho à ma propre détresse. Il y a assez d'un épouvantail dans la pièce, il a le droit de se reposer, pour quelques minutes au moins. Je le fais asseoir sur la banquette, me glisse sur le côté pour poser ma tête sur ses genoux. J'étais en colère, de savoir qu'il vendait son corps, n'importe quelle partie de son corps, à des inconnus. Je suis soulagé. Calmé. Et désolé. Je caresse le bas de son ventre, cache mon gros nez contre son pull, le serre contre moi. La seule personne contre laquelle je ne veux plus me battre.

"Dors si tu veux dormir. Je mangerai plus tard."

Même si je meurs de faim.

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MessageSujet: Re: Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille. [PV Eros]

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Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille. [PV Eros]

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