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Prends garde aux ombres autant qu'aux crocs qu’elles cachent [6eme partie histoire en cours ]

Hénoch
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MessageSujet: Prends garde aux ombres autant qu'aux crocs qu’elles cachent [6eme partie histoire en cours ]   Mer 29 Mar - 21:32

Hénoch



8909 ans | Vampire originel | Pansexuel | Chef de la guilde des assassins Les Serpents d'argent

ft ▬ Xanxus (version adulte) - Reborn


Pouvoir : Umbrakinésie



Hénoch a le pouvoir de manipuler les ombres. En d'autres termes, il peut rendre une ombre immatérielle, matérielle. Celle-ci peut se déplacer indépendamment de celui à qui elle appartient tout comme elle peut être tangible et donc attraper, tenir un objet ou toucher quelqu'un. Avec huit millénaires d'existence, Hénoch a acquis une maîtrise parfaite de son don et peut manipuler jusqu'à quinze ombres simultanément. Cependant, cela puise directement dans son énergie et l'épuise aisément. Il ne peut utiliser son pouvoir à pleine puissance que durant un vingtaine de minutes. En revanche, s'il n'utilise qu'une ombre à la fois, alors il peut aisément tenir une journée entière, pour des tâches basiques. Épier, espionner, suivre à la trace quelqu'un... s'il faut la rendre tangible, réduisez le temps de moitié

Description physique


Hénoch est un nain maigrichon, difficile à repérer. C’est quoi ce regard dubitatif ? Ok, ok, c’est une blague. Aller décrivons correctement l’animal. D’ailleurs ça tombe, bien, c’est lui là bas, regardez ! Mais si, regardez mieux. Une silhouette immense et menaçante. C’est qu’il culmine à 1m91, aussi. Et oui, de loin, il parait particulièrement massif. Mais il se faut pas se méprendre, Hénoch, ce n’est pas un « ours ». Vous ne lui trouverez pas des muscles de ce qu’on appelait « bodybuilder ». Il a plutôt une musculature d’athlète, de félin. Des muscles d’acier, soigneusement entretenus, qui roulent sous sa peau teinte caramel. Alors oui, un peu plus massif que le vampire standard, mais il était comme ça, humain, une vie de travaux manuels, ça entretient le corps.

Une peau caramel, oui. Assez improbable pour un vampire, mais quand il était humain, Hénoch vivait une vie « paysanne », qui ne faisait rien pour éclaircir sa peau déjà sombre. Sa peau et ses cheveux mi long, hormis des mèches plus longues derrière, le tout d’un noir de geais lui donne ce qu’on appellera bien plus tard un type amérindien ou hispanique. Il en a souvent joué d’ailleurs, lorsqu’il voulait brouiller ses origines. Et oui, vous avez bien vu, ce sont bien des cicatrices que vous apercevez sur son visage. Ou pour être plus précis, des traces d’anciennes brûlures cicatrisées depuis une éternité. Ces traces de son humanité passée, il en a sur le torse, aussi. Vous en trouverez également un peu dans son dos et sur sa jambe droite. Loin de le défigurer ou l’enlaidir, cela rajoute à son apparence dangereuse, son « charme sombre » selon les dire de certains.

Ses yeux. Ah, ses yeux. Vous ne pouvez pas les voir d’ici. Mais tel un fauve, il a des yeux clairs, d’une superbe teinte ambrée. Leur clarté offre un contraste saisissant avec sa peau sombre. Oui bon, certes, quand il a un petit creux, ça vire au rubis, mais bon, détail.

Niveau vêtements, Hénoch a essayé un peu tous les styles, avec le temps. Il a même vécu à une époque où l'on ne se couvrait de peau de bête qu'aux jours les plus froids, donc... mais bref, je m'égare. Actuellement, on va dire que ça va dépendre de son humeur. Quand il faut parler « boulot », il sera plus cuir et tout ce qui peut le rendre plus impressionnant et sombre. Parce que tout le monde sait qu’il en a besoin, hein. Ok, ça moule aussi super bien ses fesses, ce genre de pantalon, mais ça c’est un avis personnel. Vous le verrez souvent aussi dans un semblant de costume, cravate comprise. Cela peut lui donner un air convenable qui l’amuse beaucoup. car oui, il a quand même un sens de l'humour. Juste particulier.

La seule petite fantaisie qu’il s’accorde, c’est le « bijou » indien tressé à l’une de ses mèches, avec une perle et deux plumes. Pour jouer sur le mystère des origines, comme dit plus haut. Et évitez de vous en moquez, il est assez chatouilleux sur le sujet. Après, s’il vous aime bien, peut être vous expliquera t-il l’origine du bijou. Peut être…


Description mentale




250 mots minimum


Histoire



Affalé sur le canapé de mon salon, ma cigarette se consumant lentement dans ma main droite, je laisse mon regard se perdre par la fenêtre, regardant sans vraiment les voir les rues de Pandémonium.
La journée a été ennuyeuse.  Un élément riche et gênant à éliminer. Je m’en suis chargé moi-même, pour m’occuper un peu. Cela ne m’a même pas pris 20 minutes. L’inconvénient d’être un Originel, c’est qu’à part des attaques de grande envergure, comme une bombe atomique, il y a peu de choses à pouvoir constituer un danger. Ou à présenter un peu de défi.

Expirant la fumée, mon regard se pose ensuite sur le ciel. Là où jadis brillait un soleil meurtrier règne aujourd’hui l’obscurité, à peine perturbée par les étoiles la "nuit" tombée. Quelle ironie que l’astre qui punissait jadis les créatures maudites par Lui se soient éteint de lui même, nous libérant enfin de son joug. Le soleil... Il m’arrive parfois de me souvenir de ce que cela faisait, de le sentir sur ma peau, à une époque oubliée où ses rayons étaient bienfaiteurs et non meurtriers...

Oui, je me souviens…

                                                              ~°~ Humanité ~°~
Je me souviens de la terre qui m’a vu naitre. Elle n’avait rien d’Eden, ce prétendu paradis terrestre dont j’ai entendu parler mais que je n’ai jamais vu. Après tout, Adam et Eve, mes grands-parents, en avaient été chassés bien avant ma venue au monde.

Nous vivions tous dans une vallée que nous nous partagions. Mes grands parents vivaient le plus à l’écart, ne se mélangeant que rarement à nous. Mon oncle Abel avait choisi la partie la plus verte afin de faire brouter son troupeau. Et mon père, Cain, avait récupéré la terre la plus proche de la rivière, où il s’occupait  de son champ cultivable et de quelques arbres fruitiers. Je me souviens avoir passé mes journées à aider mon père dans le champ, afin de nous assurer que notre famille ne mourrait jamais de faim. Cela n’était pas amusant, pas toujours facile, mais étant l’ainé, j’avais appris depuis ma prime enfance les responsabilités que cela me donnait envers les miens. Ma sœur Azura, de 2 ans ma cadette, aidait ma mère à la maison, même s’il ne faut pas prendre ce terme au sens moderne. Nos habitations à l’époque ressemblaient plus à des cabanes qu’à autre chose. Quant à mon petit frère, Kénan, lui, il préférait s’amuser avec les insectes, grimper aux arbres pour aller cueillir les fruits, ou bien parfois aider notre oncle Abel à garder ses bêtes. Malgré la proximité, nous avions des contacts limités avec notre oncle, aussi. Nous faisions surtout des échanges, nos fruits et légume contre son lait et la laine de ses bêtes pour nous protéger du froid.  

Nous n’avions alors pas vraiment de divertissements, sauf Kénan qui s’inventait ses propres occupations.  C’était une vie de labeur, mais l’un dans l’autre, nous n’étions pas vraiment malheureux. C’était tout ce que nous connaissions, et c’était là le sort que Créatorem avait voulu pour nous. Que pouvions faire contre ça, nous autres pauvres créatures mortelles ?

Les années passaient et se ressemblaient. Je ne me souviens d’un seul fait marquant, dans mon enfance. J’avais 12 ans, Père était allé rendre visite à ses parents. Mère avait allumé le feu pour préparer le repas, et s’était absenté brièvement pour aller chercher un peu d’eau. J’étais au champ, lorsque j’avais entendu Azura crier. Kénan avait voulu jouer avec le feu… et à présent, la cabane s’embrasait. Je me souviens avoir couru plus vite que je ne l’avais jamais fait et d’avoir traversé le feu. Je sentais ma peau brûler, mais cela n’avait pas n’importance. Seule la survie de mon frère et de ma sœur comptaient. Je les sortis de la maison, avant d’y retourner pour essayer de sauver ce qui pouvait l’être. Azura et Kénan s’en tirèrent avec peu de traces. Plus de peur que de mal, comme on dit. Je parvins à sauver quelques peaux et ustensiles. Pour ma part, j’allais garder à vie des marques de brûlures, apaisées par quelques plantes, mais c’était peu cher payé pour la vie des miens.

Cet évènement mis à part, nous vivions une vie banale, sans histoire, mais cela allait bientôt changer... J’avais 15 ans lorsque mon père scella le destin de notre famille. Il était venu me rendre visite un soir, dans la petite maison que j’avais bâtie moi-même l’année précédente, non loin de la nouvelle de mes parents. Oncle Abel et lui allaient porter des offrandes à Créatorem afin d’essayer de s’attirer quelques faveurs. Certaines périodes étaient rudes, et un peu de bienveillance auraient été la bienvenue. C’était son avis. Mais si « notre créateur » avait voulu nous aider, ne l’aurait-il pas déjà fait ? Loin d’Eden, nous ne pouvions compter que sur nous même, mais ce n’était que mon avis.

Abel allait offrir certaines des plus belles bêtes de son troupeau. Mon père, lui, allait offrir la plus belle part de nos récoltes. Je veillais tout de même à ce qu’il n’entame pas trop nos propres réserves. La saison froide viendrait bien assez vite. Père irait seul, et me demanda de rester pour veiller sur ma mère, dont la santé était alors mauvaise, Azura et Kénan. Je l’aurais accompagné, s’il me l’avait demandé, mais ma place était auprès du reste de la famille. Père partit ainsi au matin, et lorsqu’il revint...

Il ne me raconta jamais ce qu’il s’était passé exactement. Même après tous ces siècles, je me souviens de l’expression de son visage à son retour. Je l’avais déjà vu ployer lorsque le labeur était trop dur. Mais jamais je ne lui avais vu une expression aussi sombre, le corps tendu, presque tremblant. Je sus simplement que Créatorem avait préféré l’offrande d’Abel à la notre. Je ne m’étais attendu à rien de son entreprise aussi ma... contrariété était-elle minime. Mais mon père... Son sourire disparut ce jour là. Il devint difficile à approcher. Et deux jours plus tard, il disparut.

Kénan et moi nous retrouvâmes seuls à travailler dans le champ, sous le regard inquiet de mère. Le soir, je me chargeais de ramener du bois pour chauffer la demeure de ma mère. Ce ne fut que trois jours plus tard que père revint. Des cris me tirèrent de mon sommeil, et m’obligèrent à courir vers la maison de mes parents après avoir attrapé un bâton, craignant l’attaque d’une bête quelconque. Une forme se tenait sur le seuil, bloquée par la silhouette tremblante de Kénan. Ma mère criait. Je courus plus vite encore. La forme se tourna vers moi. Avant que les rayons de la lune ne me permettent de voir ses traits, ce furent ses  yeux qui me frappèrent. Jamais je n’avais vu d’yeux de ce rouge presque flamboyant.

Et puis finalement, je vis et reconnus son visage. Mon père, recouvert de sang séché. Il avait alors plus l’air d’une bête que d’un homme.  Mais il était encore là, malgré tout, je le compris lorsqu’il m’épargna après m’avoir attaqué. J’étais volontairement devenu une cible, afin de l’éloigner de la famille. Il m’avait agressé, immobilisé et m’avait planté des dents plus longues que celles d’un homme dans le cou. Il aurait pu me tuer. Mais il s’arrêta, presque immédiatement. Je ne comprendrai que plus tard à quel point cela prouvait qu’il m’aimait.

Ce soir là, alors qu’il luttait contre la bête qu’il était devenu, je lui offris volontairement mon sang. Pour l’apaiser. Pour éloigner le danger de la famille. Il restait mon père, l’homme qui avait toujours veillé sur moi. Puis il disparut dans l’obscurité nocturne. Il revint le lendemain, après la tombée de la nuit. Cette fois, il ressemblait plus à l’homme que j’avais toujours connu. Avec plus de douleur dans le regard. Il parla peu, expliqua simplement qu’il devait à présent fuir la lumière du jour. Mais nous ne comprenions pas alors l’ampleur de sa malédiction...

Mon père essaya de nous aider, cultivant durant la nuit. Mais au matin, nous ne trouvâmes qu’une terre desséchée, et toutes nos cultures réduites à néant. Et cela se répéta, jour après jour. La terre nous refusait à présent ses bienfaits, et Père nous avoua finalement qu’il était responsable. Nous prîmes alors la décision de partir, de chercher une nouvelle terre qui accepterait de nous nourrir. Nous n’avions pas d’autres choix. Nous dimes adieu à la terre qui nous avait vu naître et partîmes vers l’Est, sans adieux, père nous ayant pressé à partir. Il nous accompagna, nous aidant autant qu’il le pouvait, avant de prendre ses distances une fois arrivée en terre de Nod. La terre nous accepterait, s’il gardait ses distances. Et cela fonctionna. Kénan et moi reconstruisîmes nos maisons, notre nouveau foyer. Nous ne devions revoir père que deux ans plus tard.

La terre porta à nouveau des fruits pour nous et le temps passa. Kénan vivait encore avec Mère, mais Azuna demeurait désormais avec moi, et attendait notre premier enfant. Et puis tout bascula, à nouveau, comme si Créatorem ne souhaitait pas que nous connaissions la paix. Je me sentis faiblir, un peu plus ç chaque jour passant. Jusqu’à ce que finalement mon corps ne me trahisse et me laisse, fiévreux, tremblant, couché sur les fourrures de notre demeure. Je ne me souviens presque pas de cette période. Jusqu’à ce qu’on l’obscurité grandissante devant mes yeux ne soit traversé par un éclat que j’avais appris à connaitre. Père était revenu.  Aujourd’hui encore, je me souviens de ses mots :

«  Je ne peux te regarder mourir, toi, la chair de ma chair. Alors… sois à nouveau sang de mon sang. Et puisses-tu un jour me pardonner. »

Mon monde bascula. Et ma vie humaine se termina l'année de mes 17 ans…


~°~ Obscur début et fin d’une ère ~°~
Ce qu’il se passa ensuite… n’est qu’un ensemble obscur de sensations. Je me souviens  du froid, puis de la douleur. Terrible, implacable. Elle sembla durer une éternité. Et lorsque finalement, elle cessa, laissant des ruines derrière elle… Autre chose prit le relais. Une sensation brûlante, ravageant out sur son passage. Je rouvris les yeux sur un monde plongé dans l’obscurité, tandis qu’une faim inhumaine me brûlait la gorge, m’embrasant de l’intérieur. Je ne me souviens pas de ce qu’il se passa les jours suivants. La bête en moi avait pris le dessus.

Mon premier souvenir après ça, fut le visage de mon père, non loin de moi, qui m’observait. Et autour de moi… Les cadavres de plusieurs animaux, exsangues.  Une partie de leur sang maculait chaque centimètre de mon corps. La faim était toujours là, mais… gérable. Et puis je réalisais. J’étais un monstre, maudit à mon tour, comme mon père. Je me souviens m’être jeté sur lui, à ce moment-là, une colère horrible m’aveuglant. Il me laissa le frapper, exorciser ce serpent immonde. Je finis par me calmer, et le libérer. Il me faudrait du temps, pour lui pardonner complètement, mais j’étais prêt à l’écouter. Après tout, il était le seul comme moi, à présent.

Je lui fus quand même reconnaissant de m’avoir éloigné de la famille pour la… transition. Sinon, je les aurais sûrement tués. Mon père avait lui-même eu la « chance » de s’être trouvé proche du troupeau d’oncle Abel lorsque la première faim l’avait frappé. C’était pour cette raison qu’il avait pu lutter et ne pas me tuer. Puis je pensais à la famille. S’inquiétaient-ils ? Allaient-ils bien ? Kénan avait dû veiller sur les femmes, mais… l’instinct de « l’ainé » en moi était fort, je devais m’assurer qu’ils allaient bien. Père m’accompagna, pour éviter tout problème.

Mère pleura, cette nuit-là, tout comme Azura. Mais il n’y avait rien d’autre à faire. Je découvris que contrairement à mon père, la terre de mourrait pas à mon contact. Je pouvais encore aider les miens, la nuit tombée. Mais je devais tout de même m’éloigner. Être si proche d’eux, entendre leur sang couleur dans leurs veines… j’imaginais bien trop pour leur bien le goût qu’il pourrait avoir. Mais si père pouvait résister, je le pourrais aussi. Créatorem s’était moins acharné sur moi. Ou du moins le pensais-je…

J’étais encore prisonnier de ma grotte, à l’abri des rayons du soleil, lorsque je les entendis, grâce à mon ouïe plus sensible. Les cris de douleur d’Azura. Je compris. L’enfant arrivait. Et je ne pouvais être là… Les quelques heures qui me séparaient de la tombée de lui nuit furent interminables. Les cris n’avaient pas faibli. Finalement, la nuit vint et je me précipitais au chevet d’Azura, mon père derrière moi. Un nouveau cri m’accueillit, tandis que je passais le seuil. Ma mère se tenait auprès de ma sœur, allongée, tremblante, sur les fourrures. Kénan tenait dans ses bras un petit être gigotant et hurlant. Mais il me fallut un peu de temps pour réaliser. Le sang… Il y en avait tellement… l’odeur était entêtante. La main ferme de mon père sur mon épaule m’aida à m’ancrer, à résister. Mes yeux étaient toujours rouges, lorsque je me sentis capable de continuer. Azura criait toujours. Un autre enfant… j’allais être père deux fois… Une bénédiction… Qui devait venir avec un coût  tout aussi grand. Alors que Kénan me permettait finalement de prendre mon fils dans mes bras et que ma mère tenait ma fille dans les siens, Créatorem prouva qu’il n’était nullement bienveillant et qu’il n’avait pas fini de punir notre famille. Azura donna la vie à deux beaux enfants… au prix de la sienne.

Cette nuit-là, tandis que Irad et Awan dormaient paisiblement, j’enterrai le corps de ma sœur et compagne, un peu à l’écart de la maison. Mes yeux étaient secs, mais son départ était douloureux. Je ne l’aimais pas au sens qu’on utiliserait plus tard. Mais nous avions grandi ensemble, elle avait été la mère de mes enfants. J’avais toujours veillé sur elle et cette nuit là, j’avais échoué. Je me souviens encore avoir tourné mon regard vers le ciel obscur, à peine éclairé par la clarté des étoiles, et m’être demandé silencieusement combien de temps Créatorem nous punirait-il encore ? Notre famille souffrirait-elle encore, si nous restions auprès d’elle ? Mais je ne pouvais partir. Kénan et mère étaient seuls à présent, avec deux nouveaux nés. Je devais rester, et espérer que nous avions assez souffert.

Et le temps passa. Une routine s’établit. Kénan s’occupait de la terre en journée. Je chassais la nuit pour aider à nourrir la famille. De la viande, pour les garder fort. De la fourrure, pour les réchauffer au plus froid de la nuit. Et le sang pour nous nourrir, père et moi. J’en étais venu à remarquer que le froid avait moins d’effet sur père et moi. Mais il fallut un temps plus long avant que je ne remarque autre chose.

Les jours devinrent des mois. Les mois des années. Je vis mes enfants grandir. Je fus là pour voir les premiers pas d’Irad. Je fus là pour entendre Awan m’appeler « papa » pour la première fois. Ils grandirent, en bonne santé, et chaque jour passé me faisait espérer que cela continuerait. Pendant que je veillais sur la famille, père s’éloignait parfois, durant quelques jours, quelques semaines tout au plus, mais il revenait toujours. Il m’encouragea à explorer aussi, mais je ne le désirais pas. J’accomplirais mon devoir envers les miens, aussi longtemps que je le pourrais.

Irad et Awan grandirent. Ils eurent à leur tour des enfants. Les cheveux de mère se firent blancs. Ceux de Kénan un peu plus gris. Mais moi… je ne changeais pas. Père non plus. Nous étions identiques au jour où nous avions été maudits. Le temps passait autour de nous. Tout le monde changeait, vieillissait. Pas nous. Nous étions condamnés à voir les nôtres vieillir. Puis disparaitre. Ce fut d’abord mère, par une froide journée d’hiver. La nuit tombée, père se chargea de creuser le sol gelé, afin de lui offrir son repos. Je le laissai s’en occuper seul, comme il m’avait laissé m’occuper de la tombe d’Azura. C’était son deuil à lui.

Kénan nous quitta ensuite. Puis, plus tard, ce fut le tour d’Awan. Puis d’Irad. Puis leurs enfants. Et les enfants de leurs enfants… Père essaya de me convaincre de partir. La famille pouvait continuer sans nous. Elle s’était développée. Nos petites maisons isolées avaient laissé place à un village. Notre famille vivait d’élevage, de culture et de chasse. Elle avait trouvé le moyen  de fabriquer ce que nous appellerions « vêtements », avec les peaux et la laine, afin d’avoir plus chaud.  Tout allait bien. Mais je n’arrivais pas à partir. J’avais été l’ainé trop longtemps. Il était difficile d’abandonner les miens. Mais bien sûr, il était écrit que je devais échouer. Encore.

Au retour de ses dernières explorations, Père m’avait dit avoir vu d’autres humains dans des plaines éloignées. Ses parents avaient-ils eu d’autres enfants, après notre départ ? Ou bien Créatorem avait-il créé d’autres humains ? Père ne les avait pas vraiment approchés non plus, juste observés de loin. Il ignorait donc leur provenance. Personnellement, cela ne m’intéressait pas. Tant que leurs vies ne se mêlaient pas aux nôtres, cela n’avait pas la moindre importance… j’aurais pourtant dû m’y intéresser bien plus tôt…

Père était à nouveau partie de son côté. C’était une journée chaude, et je patientais dans ma grotte que la lune se lève. Une fois encore, ce furent les cris qui me parvinrent. De nombreux cris. De peur. De souffrance. Les pleurs des enfants… Ce jour-là, Créatorem faillit avoir le plaisir de me voir mourir car le soleil ne fut presque pas suffisant pour me maintenir dans l’ombre de la caverne. Et lorsque finalement la lune se leva… c’était un spectacle sanglant qui m’attendait. Le village était vide, silencieux. Le sol jonché de corps à jamais immobiles et la terre gorgée de leur sang. La bête en moi que je maîtrisais tant bien que mal depuis si longtemps se réveilla avec violence. Le sang versé m’appelait… Mais plus que cela encore… Ce fut la colère, brûlante, destructrice, affamée qui donna de la force au monstre. Toute ma descendance mâle gisait là, devant moi… je découvris cette nuit-là la soif de vengeance. Et laissait bride au monstre.

A l’odorat, aux traces laissées, je suivis la piste des hommes qui avaient massacré les miens. Un groupe que j’avais repéré à quelques distances, plusieurs jours plus tôt. Mais que j’avais estimé être sans danger. J’avais laissé le monstre, le prédateur en sommeil trop longtemps. Plus jamais ça… je trouvais finalement leur « campement », quelques heures plus tard. Et d’autres cris, d’autres pleurs, m’accueillirent. Les assassins avaient massacré les hommes et les femmes les plus âgées. Voilà où se trouvaient les autres. Mon dernier souvenir clair de cette nuit-là fut d’avoir aperçu à la lueur des torches le corps ensanglanté, tremblant, de la plus jeune fille de la famille, tandis qu’un des attaquants se vautrait en elle. Je me souviens du son inhumain qui s’échappa de ma gorge. Je me souviens d’une sensation étrange, juste avant que le monde autour de moi ne disparaisse, comme happé par les ombres…

Ce fut la gifle de mon père qui me ramena à moi, alors que le soleil ne tarderait pas à se lever. Autour de moi, tout n’était que destruction. Mon corps tout entier était peint de sang. J’avais un goût à la fois divin et amer dans la bouche, et je tenais dans les bras le corps à l’agonie d’une de mes descendantes. La colère grondait en moi, mais je me sentais si faible… Ishta mourut dans mes bras, de blessures dont je n’étais pas responsable. Un nouveau grognement m’échappa et père fit un pas de côté je pus voir alors le reste du « camp ». Tous les hommes étaient à terre des bandes sombres entourant leurs corps, les brisant. Certains semblaient être morts de cette manière. D’autres avaient été déchiquetés. Je n’avais aucun souvenir, mais nul doute n’était possible sur qui était responsable. Quant  à la matière sombre… elle bougea, et je la sentis, comme si elle était une partie de moi. Elle se rétracta, et redevint simple ombre, attachée à ce qui la faisait naître. Je en comprenais pas comment c’était possible, mais ce n’était pas le plus important.

Père annonça que toutes les femmes étaient mortes, soit tuées par leurs agresseurs probablement car elles s’étaient trop débattues, soit à la suite des lésions internes causées par ce qu’ils leur avaient fait subir. Aucune ne portait les marques de mon passage. Ma rage s’était abattue sur les hommes, pas sur elles. Mais cela ne les avait pas sauvées. Je me souviens avoir entendu père murmurer qu’il était probablement coupable. Qu’il avait laissé les germes de la violence dans l’âme des hommes, d’une manière ou d’une autre. Je n’étais pas alors en état de chercher à comprendre ce qu’il avait voulu dire.

Père me pressa de partir. Le soleil ne tarderait pas. Nous devions partir. Nous reviendrions le lendemain, pour offrir une sépulture aux nôtres. Il dut me trainer hors du bain de sang. Ses yeux étaient de la même couleur que le sang qui tachait sa bouche. Lui-même avait dû se procurer ce dont il avait besoin. Mais il semblait plus stable que moi. Alors que nous allions partir, nous remarquâmes qu’un homme vivait encore. La bête en moi me hurla de le tuer. Mais l’homme en moi était au final pire. Il ne voulait pas mettre fin à ses souffrances aussi vite. Je le ramenais avec nous, dans une aspérité que père avait remarqué en venant. Je voulais que l’homme souffre un tourment éternel… et j’en avais les moyens, n’est-ce pas ? Après plusieurs heures d’insistance, Père finit par m’avouer comment il m’avait transformé. Peut-être lui aussi souhaitait-il la vengeance… je me gorgeais du sang de l’homme, essayant de reprendre des forces. Puis, tandis qu’il expirait, je lui rendis du mien. Et l’attente commença, tandis que le soleil commençait sa course dans le ciel. Ce jour-là, rongé par la colère, je créais mon premier Infant. Ou du moins j’essayai.

J’étais encore affaiblis par la première utilisation, massive de plus, de ce qui se révélait être mes pouvoirs de maudit. Père m’avoue qu’il avait parfois eu l’impression de voir les ombres bouger différemment, autour de moi, mais il n’avait rien dit, n’ayant pas plus de preuves tangibles. Cette nuit-là, il sortit seul, pour s’occuper d’enterrer les nôtres, pendant que je surveillais la forme hurlante de mon Infant. Je ne connaissais pas son nom, mais je m’en moquais. Mais finalement, ma vengeance m’échappa. L’homme ne survécut pas à la transformation. La réussite n’était pas assurée, finalement. Il me fallut plusieurs jours encore avant de pouvoir quitter la caverne, aidé par les corps ramené par père pour me nourrir. Nous fîmes d’abord un détour vers le camp. Nos descendantes avaient été enterrées mais le corps des hommes avaient été laissé à pourrir. Je ne trouvais rien à y redire. Nous regagnâmes ensuite le village. Père était aussi venu. Il s’était occupé de tout. Cette nuit-là, une page de ma vie se terminait. Dans ce village désert, silencieux, dépourvu de la vie qu’il avait accueilli depuis si longtemps, je contemplais la fin de notre famille.

Cette fois, lorsque père me demanda de le suivre, de partir avec lui découvrir le monde, j’acceptais. Après tout, plus rien ne me retenait. J’avais passé ma « vie » a essayé de protéger notre famille. J’avais échoué. Nous étions les deux derniers représentants de notre lignée. Je n’avais plus personne à protéger. Père ne m’avouerait que bien des siècles plus tard qu’un enfant avait en, fait survécu, qu’il l’avait trouvé en revenant et l’avait ensuite conduit à l’abris, auprès d’un autre groupe bien plus paisible. Mais cette connaissance viendrait plus tard. Cette nuit-là, en posant une dernière fois le regard sur les tombes alignées, je tournais une page de ma vie. Presque trois siècles après avoir été transformé, je dis finalement adieu à l’humain qui avait survécu en moi et quittais nos terres sur les traces de mon père, à la découverte de ce monde dans lequel nous étions condamnés à « vivre ».

~°~Premier voyage et Sodome ~°~

Pendant les siècles qui suivirent, père et moi voyagèrent à travers le monde. Ce n’était pas toujours facile. Bien souvent, nous n’avions pas d’abris contre les rayons du soleil, aussi devions creuser la terre et nous y enfouir. Oui, voilà commença le mythe du vampire obligé de s’enterrer et ressurgissant à la tombée de la nuit. Ce n’était pas une solution idéale, mais nous manquions de choix, à cette époque-là. Parfois, nous trouvions des constructions abandonnées, en plus ou moins bon état, ou d’autres cavernes, mais le plus souvent, nous dûmes avoir recours à ce stratagème pour survivre aux heures du jour.

Nous vîmes des paysages divers et variés, passant de plaines arides à de grands espaces verdoyants. Montagnes, plaines, espaces côtiers… le monde était d’une diversité saisissante que je découvrais peu à peu. Je n’avais pas spécialement d’envie aventurière. Père était celui qui guidait nos pas, plus habitué que moi à voyager. Nous croisions parfois d’autres groupes humains et il nous arrivait certaines nuits de nous en nourrir plutôt que de nous contenter de sang animal. J’avouerais qu’à ce moment-là de ma vie, je me souciais assez peu de ce qui pouvait arriver à mes repas humains. Quelques-uns durent probablement mourir. Mais plus rien ne m’atteignait. Les seuls humains qui avaient compté pour moi étaient morts.

Durant notre voyage, j’appris également à manipuler mon « don ». A contrôler les ombres. Cela ne fut pas facile. La première fois, j’avais agi sous l’impulsion de la colère et tout avait surgi de moi. A présent, il me fallait comprendre comment cela fonctionnait et l’utiliser de la manière dont je voulais. Père ne semblait pas posséder de don particulier ou du moins n’en fit-il pas usage devant moi, mais m’aida de son mieux. Année après année, je travaillais mon contrôle. Peu à peu, j’entendis les murmures portés par les ombres. J’appris d’abord à manipuler une ombre, à la séparer de l’objet auquel elle appartenait, à la faire voyager, puis à entendre à travers elle.  Mais j’avais un objectif. J’avais tué avec de sombres. Si je pouvais les manipuler en pleine journée, alors plus jamais je ne serais à ce point soumis au joug de l’astre solaire… cela me prit quelques siècles, mais finalement, les ombres dansèrent selon ma volonté et je pouvais désormais en utiliser plusieurs, même dans des endroits séparés. L’ombre devint mon allié diurne.

Et pendant ce temps-là, le temps s’écoulait autour de nous. Nous vîmes des peuples nomades, d’abord à pied puis à cheval ou sur des chariots, se sédentariser. Former des villages, de plus en plus grands. Les vêtements de grossière facture se firent plus élégants et plus fonctionnels. Et pour ainsi dire de rigueur. Les maisons de pierres firent leur apparition en compléments de celles aux murs de bois. Nous assistâmes à la construction du premier bateau qui traversa un fleuve, puis une mer. Nous suivîmes l’évolution du langage, puis sa multiplication. Malgré mes réticences initiales, je finis par écouter les conseils de père et à m’intégrer à ce changement. Trois siècles après la mort des miens, je pouvais à nouveau tolérer la présence d’humains sans ressentir l’envie de tous les exterminer.

Nous apprîmes une langue, puis une autre, et encore une autre,  à chaque fois que nous changions de localisations. Nous adoptâmes les différentes coutumes vestimentaires. Nous essayâmes même à un moment  au troc avant de nous procurer de la monnaie lorsqu’elle commença à apparaître, remplaçant progressivement ce dernier. Nous vivions en marge du temps tout en essayant de ne pas nous en exclure complètement. Nous croisâmes parfois la route  d’hommes prétendant transmettre la parole de Créatorem dans un monde qui s’éloignait  du paradis terrestre tel qu’il avait été créé aux origines. Vrais porteurs de messages ou charlatans nous ne savions pas, mais nous évitions le plus possible de croiser leur route. Père avait un bon contrôle, mais peut être doutait-il du mien. Après l’extinction de notre famille, j’avais  une opinion assez… violente, à l’écart de notre créateur.

Et puis, au cours de mon neuvième siècle d’existence, nous marquâmes finalement la première halte dans notre éternel voyage. Nos pas nous menèrent vers ce que l’on appellerait bien plus tard la Jordanie. Et à une ville nommée Sodome.

Sodome était différente  des autres villes que nous avions traversées lors de notre périple. Ses habitants étaient moins méfiants, plus accueillants. Plus tactiles aussi. Père et moi nous vîmes offert une maison pour le temps de notre séjour. J’étais assez méfiant au début, d’un accès difficile. Père se mêlait plus facilement à la foule. Il avait appris à sourire, au gré de nos voyages ce qui le rendait moins effrayant que moi. Au bout de plusieurs jours, il m’encouragea à sortir, à me mêler à la population. A accepter ce qu’elle avait à nous offrir. Je pensais au départ qu’il parlait de sang. Et c’était en effet le cas. Mais je devais bientôt découvrir toute l’étendue de ce que cette ville pourrait faire pour moi.

On accusera Sodome d’avoir était la ville de tous les vices. Les prêcheurs de Créatorem cracheront sur son nom, préviendront els âmes pures et vertueuses contre cet antre du démon. Mais tous ces hommes étaient des ignorants aveuglés par une foi stupide, inspirée par un « dieu » rigide et autoritaire. A mes yeux, même des millénaires après, Sodome était la ville de la liberté. Chacun vivait comme il l’entendait, fréquentait qui il voulait, sans attache, sans jugement… Sodome me libéra d’une des dernières chaines que Créatorem avait maintenues sur notre vie. A Sodome, j’appris le plaisir et la luxure. De toute mon existence, je n’avais connu que le corps de ma sœur et compagne, Azura, car la rencontre de la chaire était nécessaire pour la procréation. Mais la malédiction m’avait libérée de cette contrainte. Ma compagne était morte, et je ne pouvais plus avoir d’enfant, alors à quoi bon ? Je ne dirais pas que je n’avais rien ressenti lorsque j’avais étreint Azura, si longtemps auparavant. Mais nous obéissions alors à un besoin biologique et n’avions fait que le nécessaire pour assurer la procréation. Le plaisir avait été limité. Sodome allait se charger de mon éducation dans ce domaine. J’allais apprendre ce que les ignorants dévots allaient appeler le pêcher de la chair. La bête en moi allait trouver d’autres moyens d’étancher sa soif. J’allais trouver un nouvel équilibre dans ce prétendu lieu de perdition qui pourtant allait devenir pour un temps mon nouveau foyer…


~°~ Lore, Séparation, et la mort venue du ciel ~°~

Sodome ainsi fit mon éducation sur bien des points. Quant au domaine sexuel… eh bien disons que j’avais du retard à rattraper.  Cela ne se fit pas immédiatement. Une certaine méfiance subsistait en moi, envers cette source de nourriture qui pouvait se révéler tout aussi sanguinaire que nous. Comme je l’ai déjà dit, je n’étais pas d’un abord facile. Nombreux furent ceux qui essayèrent de m’approcher, de me toucher. Certains avaient peur de moi, je le sentais. Une part de moi s’en réjouissait. Mais je devais avouer que malgré tout, une certaine curiosité s’était éveillée en moi. Vis-à-vis de ce que je voyais, entendais en sentais autour de moi. Des expériences de Père. Puis finalement, je cédai. Il fallait dire qu’au milieu de ces humains s’en trouvait un particulièrement obstiné et entreprenant.

Lore était un jeune homme tout juste entré dans l’âge adulte. Il était d’une apparence appréciable et il le savait. Peut-être me voyait-il comme un défi, moi le seul homme à ne pas succomber à ses charmes. Ou peut-être Il y en eu lui plaisais-je, tout simplement. Difficile à dire, avec lui. Toujours est-il que ce fut finalement lui, qui me fit céder. Lore, avec son corps agile et résistant. Ses yeux couleur émeraude et son sourire malicieux. Aux mains et à la bouche si douée pour vous faire oublier tout ce qui n’était pas l’instant présent. J’eus par la suite de très nombreux partenaires, hommes comme femmes, parfois plusieurs en même temps, mais je m’en souviens encore de la sensation que j’éprouvai cette première fois, tandis qu’il se soumettait, m’accueillais en lui simplement pour le plaisir et rien d’autre. Tandis qu’il m’offrait inconsciemment sa gorge dans laquelle je plantais les crocs. La bête en moi découvrit alors la jouissance qu’elle pouvait tirer de l’assouvissement simultané  de sa faim physique et sanglante.

Ma nature n’effraya pas Lore. Il sembla plutôt trouver cela… fascinant. Et visiblement, je n’étais pas le seul à avoir apprécié la morsure pendant l’acte.  Il revint vers moi, encore et encore. Et même si nous avions d’autres partenaires, il était mon plus régulier. Nous étions différents, nos caractères presque opposé. Lui enjoué et moi plus… renfermé. Mais cela ne fonctionnait pas si mal. Père remarqua ce rapprochement et l’encouragea même. Les mois passèrent. Puis deux années. Trois… Et finalement, à force de persévérance, Lore obtint ce qu’il désirait. Je ne fus pas réellement si difficile à convaincre. Peut-être me sentais-je seul, quelque part. Père était là, mais… c’était différent. Ce qui m’avait retenu aussi longtemps, c’était le souvenir de ma première tentative. L’homme était mort. Lore était prévenu des risques, mais il les acceptait. Par une fraiche nuit d’automne, nous nous éloignâmes de Sodome, trouvèrent un abri et Lore me donna sa vie. La transformation fut lente, douloureuse, mais finalement… Il survécut, devenant ainsi mon premier réel Infant.

Les quelques années qui suivirent furent différentes de ce que j’avais connu. Lore me quittait rarement, insatiable, désirant profiter de chaque instant de cette nouvelle « vie » que je lui avais donné. Son sang ne me nourrissait plus, mais le plaisir était toujours là. Il semblait même décuplé car je n’avais plus à me retenir, avec lui. Il était devenu bien plus résistant qu’un humain normal, même s’il restait moins fort que moi.

Ce fut ce moment-là que choisit Père pour nous quitter. Il voulait continuer à découvrir le monde et se sentait à présent rassuré à mon sujet. J’étais « heureux », je n’avais plus réellement besoin de lui. La séparation fut… difficile. Depuis 1000 années, il avait fait partie de ma vie. Il avait été mon guide, mon ancrage. Mais le moment était venu de prendre des chemins différents. Ce n’était pas un adieu. Nous nous reverrions, bien sûr, il repasserait me voir. Mais jamais ne serions-nous restés aussi longtemps sans nous voir. Lore me taquina à ce sujet en disant que je devenais enfin adulte. L’idiot. Je n’étais plus en enfant depuis bien longtemps. Peut-être ne l’avais-je jamais été.

Le temps passa. Cela faisait presque deux siècles que je vivais à Sodome. Notre « clan » s’était élargi, englobant de nombreuses familles humaines qui ne demandaient qu’à avait même créé ses propres Infants. Nombreux étaient mort durant la transformation, mais d’autres avaient survécu. En observant Lore élargir notre « famille », je constatais que tous les maudits n’étaient pas égaux. Certains contrôlaient mieux leurs instincts prédateurs que d’autres. Certains… J’avais été contraint de les éliminer. Bien trop sauvages. Plus aucune intelligence. Ils tuaient pour le plaisir, en masse. Ils étaient trop dangereux. Pas pour moi, mais pour les humains qui nous entouraient et qui étaient nécessaire à notre survie. Lore n’appréciait pas tellement que j’élimine sa descendance. Nous nous opposions souvent, mais il ne pouvait m’empêcher d’agir.

Vint le moment où je ressenti le besoin de m’éloigner un peu. Lore commençait à m’agacer. Je m’absentais presque six mois, explorant d’avantage les alentours, visitant d’autres villages. Et peu à peu, j’entendis les rumeurs. Parlant de Sodome, la vile du vice, où les habitants vivaient du pêcher de chair et de sang. Une ville peuplée de démons, selon les prêcheurs. Une ville dont les visiteurs ne revenaient jamais. Cela me poussa à revenir. Pour constater que Lore avait profité de mon absence pour multiplier encore d’avantage sa descendance.  Désormais, les maudits étaient presque plus nombreux que les humains. Deux de ses Infants essayèrent même se s’en prendre à moi, aveuglé par leur folie. Cela ne pouvait continuer. Ce n’était plus la ville que j’avais connue. Ma discussion avec Lore fut… violente. De l’humain que j’avais apprécié, du jeune maudit que j’avais créé, il restait bien peu de choses. Une créature entièrement guidée par ses envies, persuadée d’être supérieure à tout le monde. Il allait détruire l’âme de cette ville. La pervertir au-delà du tolérable. Et je n’étais pas le seul à penser cela, visiblement…

Je ne sus jamais vraiment ce qui m’avait poussé à m’éloigner, cette nuit-là. Voulais-je essayer de me calmer, d’essayer de trouver une solution moins… définitive ? La colère ne me réussissait pas, je le savais. J’étais à quelques lieues de distance de la ville, quand la nuit s’était embrasée. J’assistai alors à un spectacle dont on parlerait des millénaires plus tard. La colère de Créatorem, qui, dans un déluge de feu, anéantit en quelques instants toute une ville. Je ne saurai décrire ce que je ressentais, tandis que j’observais la ville disparaître dans les flammes. Je regrettais la perte de ce foyer que je m’étais trouvé, des souvenirs de sa gloire passée. Mais quelque part… c’était comme si j’avais su que cela allait se terminer. Etais-je… soulagé, de ne pas avoir eu à le faire moi-même ? Peut-être. Mais jamais je n’éprouverais une quelconque reconnaissance envers Créatorem, lui, qui était à l’origine  de notre malédiction, d’une manière ou d’une autre. Mais il me restait une dernière épreuve. Car tous n’avaient pas péri dans les flammes. Prostré  à l’orée de la ville, sale, les vêtements en lambeaux, se trouvait Lore. Le regard fou, brisé… je lus comme une prière dans ce regard. Et contrairement à Créatorem, je l’exauçais. Lore m’avais donné sa vie, plus de deux siècles plus tôt. Je lui en avais donné une autre, différente. Cette nuit-là, je la repris. Et tandis que le vent nocturne mêlait ses cendres à celles de la ville, je m’éloignais sans un regard, prêt à arpenter à nouveau ce monde, mais cette fois, seul…

~°~ Descendance divine ~°~

Je ne détaillerai pas chaque instant  des presque deux mille ans qui suivirent. De nombreuses périodes n’eurent rien de bien notable. Il était étrange de voyager à nouveau, mais cette fois seul. Je n’étais pas du genre à me lier facilement ou à m’entourer de monde, mais c’était la première fois que j’expérimentais la vraie solitude. Et je découvris relativement rapidement qu’elle n’était pas vraiment pour moi. Mon indépendance ne me gênait pas, mais il m’était parfois difficile de trouver une raison de continuer. A l’origine, je n’étais pas forcément du genre curieux, je n’étais pas poussé par une envie irrépressible de découvrir le monde, de voir l’humanité évoluer... Si je n’avais pas su mon père quelque part dans ce monde, si plus aucun lien ne m’avait rattaché à cette « vie », peut être aurais-je quitté mon abris diurne pour marcher au soleil, au bout d’un siècle d’errance sans but. A rester isoler durant les longues heures du jour...

Malgré tout, je n’ai jamais été lâche et choisir cette solution aurait été la solution de facilité. Qui aurait peut être agréé à Créatorem. Rien que pour cela, je devais continuer. Alors je poursuivis ma route. Je me forçais à m’intéresser au monde qui m’entourait. Ne faire que survivre, telle une âme en peine maudite, aurait été la victoire de notre créateur. Hors de question. Alors je recommençais ce que Père et moi avions fait avant de nous poser à Sodome, me mêlant aux hommes juste assez pour évoluer et m’adapter. J’assistais ainsi à la naissance de civilisations diverses. J’observai des hommes s’élever au dessus des autres en signe d’une prétendue supériorité. Les métaux dits « précieux » commencèrent à prendre de la valeur. J’assistai à la lente mais sûre naissance des inégalités entre les hommes. J’assistais, et parfois même participais, à de nombreux massacres, à échelle croissante avec le passage des siècles. Nous étions bien loin du paradis sur terre, mais au fond, ce n’était pas plus mal. Cela convenait au monstre que j’étais.

Mes voyages me firent faire le tour de ce que nous appelleront plus tard la Méditerranée, découvrant les paysages verdoyants ou enneigés au nord, et les immensités désertiques au sud. Ce fut durant cette période de voyage en solitaire que je créais de nouveaux Infants. Je changeais néanmoins ma méthode d’éducation, afin de veiller à ne pas faire « naitre » un nouveau Lore. Seuls les plus puissants s’adaptèrent et survécurent à travers les millénaires. Bien plus tard, l’humanité prononcerait leur nom avec crainte et révérence, mais chaque chose en son temps. Sur les terres glaciales du nord où le soleil brillait bien moins qu’ailleurs, je transformai Heimdall, enfant aux cheveux couleur neige que j’avais vu grandir et devenir un homme, et qui me ressemblait sur certains points, notamment son instinct protecteur et sa douleur d’avoir tout perdu. Plus qu’un simple Infant, Heimdall fut un compagnon d’errance, un amant et une compagnie agréable pour les siècles que nous passèrent ensembles. Il quitta même ses terres gelées pour m’accompagner lorsque je repris ma route, souhaitant découvrir un monde  où la neige et le froid ne régnaient pas tout au long de l’année.

Nous marquâmes une halte en Egypte, civilisation florissante en pleine expansion. Il me sembla un moment sentir la présence de Père, non loin, mais je pensais à l’époque l’avoir imaginé. Plus de 7 siècles après la « renaissance » d’Heimdall, je lui donnais de nouveaux « frères » et « sœurs ». Parmi eux, Isis, ancienne fille de bonne famille ayant tout sacrifié pour protéger ses enfants nouveaux nés. Et Anubis, jeune soldat blessé au combat et abandonné à la mort. Ce dernier éveilla mon intérêt pour le maniement des armes humaines. Cela pouvait fournir une distraction. Lorsque finalement Heimdall évoqua le désir de rentrer « chez lui », je décidais de l’accompagner sur une partie du chemin, laissant Isis et Anubis s’occuper de la branche égyptienne de la « famille », composée d’avantage de leurs Infants que des miens. Nous ne fîmes pas halte sur ma terre natale, malgré la curiosité d’Heimdall. A la place, nous expérimentâmes un premier voyage maritime, qui nous conduisit en Grèce.

Je m’y installai quelque temps, et Heimdall regagna le Nord, après m’avoir « menacé » de venir me trouver lui-même si jamais je ne repassais pas le voir à l’avenir. J’entrepris de m’intégrer au monde grec, apprenant sa langue, sa culture grandissante, différente de celle de l’Egypte mais non moins riche. J’appris également leur façon de manier les épées et de faire la guerre. Je participais également à quelques-uns de leurs conflits, pour m’occuper. Et les champs de bataille étaient de bonnes sources de nourriture. J’implantais également nous une nouvelle branche de la « famille ». Presque 250 ans après Anubis, je transformai Hadès, exploitant minier prospère, puis quelques années plus tard Héra, la jeune veuve qui m’avait ouvert les portes de sa demeure. Ce fut à cette période que nous parvinrent des échos de l’Egypte. Et que j’appris le statu divin accordé  à mes deux principaux Infants. Cela donna des idées à Hadès et Héra. Quelle ironie que les humains se mettent à vénérer les prédateurs qu’ils craignaient tant sans reconnaître… mais cela assurait la prospérité des miens. Je ne pouvais rien demander de plus. Nombre de mes Infants peupleraient les panthéons du monde entier, dans les siècles qui suivraient. Panthéons qu’ils partageraient avec les Infants de mes frères, mais à cette époque-là, j’ignorais en posséder. Il faudrait attendre encore un peu, avant que ce fait ne change…

~°~ Famille, Seth et Quon ~°~
Les siècles passaient et parfois se ressemblaient. Finalement lassé pour un temps de la Grèce, et une fois assuré qu’Hadès et Héra avaient les choses en main, je repris la route. J’envisageais d’aller rendre visite à Heimdall, pour voir ce que devenait sa terre. Mais avant de remonter vers le Nord-Ouest, je décidai de pousser plus loin à l’Est, là où je n’étais pas encore allé. Nouveaux paysages, nouvelles cultures, nouvelles langues. Mon apparence physique tranchait un peu plus dans ces terres qu’en Grèce ou en Égypte et m’intégrer plus ou moins ne fut pas forcément aisé. Je pense que j’effrayais une bonne partie des humains que je croisais. Mais cela ne m’avait jamais vraiment dérangé et cela n’allait pas commencer maintenant. Je parvins quand même à trouver quelques volontaires à transformer. Car oui, en général, j’essayais de n’Infanter que des personnes consentantes. Elles avaient de meilleures chances de survie et je n’avais pas forcément envie de devoir sans cesse abréger la « vie » d’Infants geignards ou hors de contrôle.

J’en étais là de ma vie quand finalement, une nuit, je le sentis. Père. C’était étrange, comme sensation. Si je fermais les yeux, je le « voyais » dans mon esprit et mes pas pouvaient me mener à lui. Mais cela ne marchait que lorsqu’il était proche, sinon j’aurai su le retrouver durant les millénaires passés. Je le laissais venir à moi, dans la demeure que je m’étais appropriée. Il n’avait pas changé, bien sûr, pas plus que moi. Je ne saurai vraiment décrire ce que je ressentis en le revoyant, après tout ce temps. Étais-je « heureux » ? Peut-être. Sûrement. Père m’observa longuement en silence. Avant de me dire qu’il était repassé un jour à Sodome et avait traversé ses ruines. Il avait parfois vu les traces de mon passage, dans les pays que j’avais traversé. Il ne me dit jamais s’il approuvait ce que j’avais fait ou non. C’était mieux ainsi. J’aurai assurément mal pris d’être jugé. Il me dit simplement que j’avais un peu changé. Que j’étais encore plus impénétrable qu’avant, pour un œil extérieur. Peut être. Ma très longue vie m’avait appris à garder encore d’avantage pour moi ce que je pensais et de ne rien laisser apparaitre sur mon visage. Nous étions des prédateurs et la faiblesse des autres étaient parfois attirante… même la mienne.

Et puis finalement, après quelques semaines de vie commune, Père m’informa qu’il avait lui-même agrandit la « famille ». J’avais deux « frères », de sang à défaut de chair. Il me parla de Seth, rencontré en Egypte, plus de 1000 ans après notre séparation. Puis, un peu plus d’un siècle avant nos retrouvailles, il avait trouvé Quon, plus à l’Est encore que là où nous nous trouvions à ce moment-là. La nouvelle de cette nouvelle « famille » provoqua des sentiments contradictoires en moi. Ressentais-je de la jalousie, d’apprendre que Père m’avait remplacé ? Non, pas vraiment. Car il ne l’avait pas réellement fait. C’était peut être plus de la… curiosité. Oui, j’étais curieux de savoir qui étaient ces hommes qui avaient attiré l’attention de Père. Seulement deux Infants, en tant de millénaires de vie…

Père ne resta que quelques mois avec moi, refusant de m’accompagner au Nord, voir Heimdall. Il voulait reprendre sa route, de son côté. Il me fit une demande, cependant, avant de nous séparer. Il me demanda de renouer avec l’Ainé que j’avais été, si longtemps auparavant. Et de l’être à nouveau, pour mes nouveaux frères. D’être là pour eux, s’ils en avaient besoin, et surtout, surtout… de ne jamais me retrouver avec le sang sur les mains et leur vie sur la conscience. Cette demande était assez… ironique, venant de lui, mais il parlait d’expérience, et c’était peut-être là la chose la plus importante qu’il ne me demanda jamais. Il me fit promettre, sur la chair et le sang qui nous liait lui et moi. Puis satisfait, il fit ce qu’il n’avait plus fait depuis que l’humain en moi s’éteint éteint pour de bon, il me serra dans ses bras, longuement, en silence. Puis, toujours sans un mot, il me sourit et partit. C’était la dernière fois que je voyais Père…

Je décidais de ne pas chercher à rencontrer Seth ou Quon. Ils connaissaient mon existence. S’ils voulaient me rencontrer, ils viendraient à moi. Je chargeais tout de même quelques membres de mon « clan » de se renseigner pour moi. Certains partirent pour l’Egypte, où Anubis et Isis auraient assurément des choses à dire. D’autres partirent à l’Est, en « Chine ». Pour ma part, je rejoignis Heimdall. Des nouvelles avaient dû lui parvenir de Grèce et d’Egypte puisqu’il avait lui-même contribué à monter un Panthéon Nordique. La « divinité » l’amusait, mais au moins gardait-il la tête sur les épaules. Il fut assez heureux de me revoir et il me fit les honneurs de son temple principal, que nous quittâmes assez peu le mois qui suivi mon arrivée. Il me raconta que son Panthéon comprenait quelques nouveaux venus dans le coin, dont la puissance était incontestable. Ils n’étaient pas à moi. Mes Frères avaient du fonder leur propre clan, visiblement…

Et puis, quelques années plus tard, des nouvelles me parvinrent d’Egypte. Là aussi, le panthéon s’était étoffé. Probablement l’œuvre de Seth. Mais la nouvelle que me rapporta mon messager… Il y avait des troubles, chez les hommes. Certains commençaient à se méfier de notre espèces, à essayer de la chasser, même. Notre clan avait essuyé des pertes. Anubis et Isis géraient la situation, mais cela ne me plaisait tout de même pas. Je décidais de m’y rendre en personne. Heimdall me proposa de m’accompagner, mais je préférais qu’il reste au nord, pour surveiller la situation locale. Pour gagner plus rapidement l’Egypte, je traversais la mer, ce genre de voyage étant un peu plus sûr désormais. Ce que je découvris en arrivant fut une assez mauvaise surprise. Les troubles avaient gagné en ampleur. Des combats avaient eu lieu. Et Anubis avait péri, trainé à la lumière du soleil. Isis n’avait rien pu faire, quand les humains avaient découvert la cachette diurne de son « frère ». Ce qu’il se passa après… Eh bien disons que les « plaies » de Créatorem ne furent pas la seule chose qui frappa l’Egypte. Il était temps de rappeler à l’humanité que les maudits étaient des prédateurs et non des proies. Cela me prit du temps, mais ce n’était pas ce qu’il me manquait. Les chasseurs qui avaient attaqué mon clan apprirent que la nuit abritaient des monstres encore plus terrifiant. Et la lumière du jour ne les protégerait pas contre celui qui voulait se repaitre de leur sang en échange de celui de mon Infant qu’ils avaient versé. J’appréciais Anubis. Il fut vengé.

Le message passa et ma vengeance accomplie, je remontais le Nil pour m’établir dans un coin plus isolé. Je tenais à rester à proximité afin de m’assurer que cela ne recommencerait pas. Et ce fut là, un bon siècle plus tard, que mes ombres portèrent un message. Un maudit approchait. Puissant, plus que mes Infants. Et je le sentis en effet approcher. Ce n’était pas la même sensation que lorsque je sentais Père, non. Mais c’était différent d’avec mon clan. Ainsi rencontrai-je Seth. Seth, mon frère de malédiction, qui allait prendre un malin plaisir à chambouler tout sur son passage. Je devais bien reconnaitre qu’il y avait quelque chose de... séduisant, en lui. Ce n’était pas seulement dû à son apparence physique. Nous étions très différents l’un de l’autre. Son comportement me rappelait parfois Lore, tout en étant autre. Nos natures opposées auraient du nous repousser. Ce ne fut pas le cas. Parlerais-je de fascination mutuelle ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, notre relation ne fut pas de tout repos. J’y trouvais une passion que je n’avais plus connue depuis...que je n’avais peut être jamais réellement connue, au final, même avec Heimdall, qui était pourtant l’Infant le plus proche de moi. Mais peut être venait-elle de là, la différence. Seth était mon égal, pour ainsi dire. Le sang qui l’avait ramené à la vie était le même que celui qui m’avait maudit, plusieurs millénaires avant. Et cela créait un lien.

Ne pas avoir à me retenir, ne pas craindre de le briser entre mes mains ou de le blesser sérieusement, voilà qui était ...libérateur. Homme et monstres trouvèrent satisfaction. Bien sûr, nous eûmes des divergences d’opinions, qui virèrent en conflits plus ou moins violents. Mais la réconciliation suivait toujours. Ce fut également ensemble que nous découvrîmes un effet spécial de l’échange de sang entre maudits. Par moment, les ombres dansèrent autour de lui et un peu plus d’anormalité suivait mes pas. L’effet de cette transmission de pouvoirs était limité dans le temps, et moins puissant que l’original, mais c’était là une découverte à ne pas oublier. Notre sang ne devait pas tomber entre toutes les bouches...

Cette relation dura près de 3 siècles avant qu’un soir, Seth ne disparaisse, reprenant sa route. S’était-il lassé ? Ce n’était pas vraiment important. Aucune promesse ne nous liait et reprendre notre liberté respective n’était pas désagréable. Au contraire, peut être n’aurions nous pu supporte rune vie commune plus longue. Ce n’était pas un adieu, après tout et même si le monde était vaste, nous avions l’éternité devant nous.

Je rencontrai Quon peu après le départ de Seth. Était-ce le hasard de nos routes ou bien Quon avait-il attendu le départ de Seth, toute hypothèse était bonne, je n’avais jamais vraiment demandé. J’avais repris la route, retournant explorer l’Est. Je me faisais une place dans ce que nous appelions plus tard la Mongolie lorsque je perçus sa présence. Puissante, même si plus « jeune » que celle de Seth. Quon, la jolie poupée de porcelaine. Les goûts de Père avaient connu une évolution...ma relation avec Quon fut bien différente que celle avec Seth. Le conflit naquit presque au premier jour. Certes, une certaine attirance existait bel et bien. Quon était une jolie poupée de porcelaine, à l’apparence fragile, dont la peau pâle donnait envie d’être caressée et marquée. Peut être les choses auraient-elles été différentes s’il n’avait pas essayé d’utiliser son don de séduction sur moi. Le gamin devait avoir pris l’habitude d’obtenir tout ce qu’il voulait par son charme naturel ou bien par la force de son don. Mais son chant de sirène n’avait pas réellement d’emprise sur moi. Affirmer que sa tentative de manipulation me laissa indifférent serait mentir. Cela marqua ainsi le début de nos relations... conflictuelles. Et le fait que Quon puisse se comporter comme un véritable gamin a qui on refusait quelque chose n’aidait pas. Je pense qu’il ressentait de la jalousie, à mon égard, de part mon lien de parenté avec Père. C’était son problème, pas le mien. Mais par moment, la promesse faite à Père était la seule chose qui épargna la vie de mon « petit frère ».

Il s’avéra ainsi qu’il valait mieux pour tout le monde éviter de nous laisser à proximité trop longtemps. Quon finit par prendre la mer et moi par reprendre ma route. Il devait se passer encore bien des siècles avant que je ne revoie Seth ou Quon.

Prends garde aux ombres autant qu'aux crocs qu’elles cachent [6eme partie histoire en cours ]
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